0924 | Vite, moins cher, plus sûr

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Au menu : l'IA qui accélère et coûte moins cher, des outils développeurs qui progressent, des failles de sécurité et de vie privée, du matériel de demain, et l'énergie face au réel.

Chronologie

  • 00:00:04 Introduction
  • 00:00:35 L'IA plus rapide, moins chère et plus capable
  • 00:06:20 Outils développeurs : vitesse et bonne pratique
  • 00:09:02 Documentation et culture post-incident
  • 00:11:23 Sécurité et pratiques discutables des éditeurs
  • 00:13:27 Vie privée et objets connectés
  • 00:15:22 Matériel : plateformes et promesses
  • 00:17:05 Énergie et économie : le réel contraint
  • 00:18:53 Conclusion

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Transcript

Claire Martin: Bonjour et bienvenue dans l'édition du jour du podcast ! Moi c'est Claire Martin.

Nicolas Moreau: Et moi Nicolas Moreau. Claire, si on regardait ce qui s'est passé ces dernières vingt-quatre heures, il y a un fil rouge assez frappant : tout tourne autour de la vitesse. La vitesse des modèles d'IA, la vitesse du web, la vitesse de nos outils, et même la vitesse à laquelle on corrige nos erreurs.

Claire Martin: Exactement. Et quand on parle de vitesse, il y a aussi la question du prix, parce que ce qui tombe vite en prix finit par changer ce qu'on en fait. Alors commençons par le sujet qui a sans doute le plus fait parler : Anthropic a rendu claude.ai trois fois plus rapide en deux semaines.

Nicolas Moreau: Trois fois plus rapide, chiffres à l'appui : le soixante-quinzième percentile de chargement de la page web est passé de 3,1 secondes à 0,55 seconde. C'est énorme comme gain, et ça a été fait en deux semaines, avec plus de trois mille changements, sans incident.

Claire Martin: Et c'est là que la discussion devient intéressante, parce que les commentateurs se sont demandé ce que ça implique. Un des points de vue récurrents : la vitesse n'est plus un détail d'ingénierie, elle devient une caractéristique du produit à part entière. Autrement dit, si ton concurrent charge en une demi-seconde et toi en trois secondes, peu importe la qualité du modèle, l'utilisateur vit ton produit comme lent.

Nicolas Moreau: Oui, et plusieurs voix ont nuancé ça. Certains disent : attention, 3,1 secondes en p75, c'était déjà pas catastrophique, et un gain de ce genre s'obtient souvent avec du travail assez classique de performance, pas forcément de la magie. D'autres répondent que justement, le fait d'avoir obtenu ça en deux semaines et à cette échelle sans casser rien, c'est le vrai signal : ça veut dire qu'il y avait énormément de gras à tailler, et que la plupart des équipes ne le font pas faute de priorité.

Claire Martin: Il y a aussi eu un débat sur le chiffre lui-même. Des commentateurs ont demandé ce que couvre exactement le p75 — est-ce que ça inclut le temps jusqu'à la première réponse du modèle, ou juste le chargement de l'interface ? Parce qu'un utilisateur juge la latence perçue, et la latence perçue inclut le temps avant que le premier token apparaisse. Et sur ça, le texte ne dit rien de plus, donc ça reste une vraie question ouverte.

Nicolas Moreau: Ce qui est remarquable aussi, c'est la mécanique interne : trois mille changements en deux semaines sans incident, ça suppose une confiance dans les tests et les déploiements que peu d'organisations ont. Certains commentaires y ont vu la preuve que l'ingénierie de déploiement continu, quand elle est bien rodée, permet des sprints de performance que l'on croyait réservés aux grosses refontes.

Claire Martin: Et là, on bascule naturellement vers l'autre moitié de l'équation : la vitesse, oui, mais à quel prix ? Et la réponse, c'est : un prix qui s'effondre. Le coût par tâche des LLM a chuté de deux ordres de grandeur en 2025.

Nicolas Moreau: Deux ordres de grandeur, c'est cent fois. Et la formule qui a marqué les discussions, c'est que les tokens sont devenus « trop bon marché pour être mesurés ». Ça a déclenché un débat classique mais vif : est-ce que la baisse des coûts se traduit par plus d'usage, ou est-ce qu'on atteint un plafond ?

Claire Martin: Les deux camps ont de bons arguments. Le camp optimiste dit : historiquement, quand un coût unitaire s'effondre, on invente des usages qui n'existaient pas, et l'IA n'y échappe pas — si appeler un modèle ne coûte presque rien, on va le mettre partout, y compris dans des tâches qu'on n'aurait jamais automatisées avant.

Nicolas Moreau: Et le camp sceptique répond que le coût d'appel n'est pas le seul coût : il y a l'intégration, la vérification, la maintenance, la confiance dans le résultat. Et que tant que la partie vérification reste chère en temps humain, baisser le prix du token ne change pas tout. C'est un désaccord honnête, et honnêtement les deux camps ont raison sur des cas différents.

Claire Martin: Ce qui relie les deux sujets, c'est que la vitesse et le prix cumulés changent ce qu'on peut faire de ces modèles. Et la troisième pièce du puzzle, c'est la capacité. Preuve à l'appui : Claude a identifié un nouveau système enzymatique, appelé ART. C'est une transcriptase reverse de phage, avec des répétitions d'ADN du type CRISPR. Le tout trouvé en vingt et une heures de travail avec environ neuf cent cinquante agents.

Nicolas Moreau: Vingt et une heures, neuf cent cinquante agents — les commentateurs ont beaucoup glosé là-dessus. Un camp dit : c'est une vraie découverte scientifique, une RT de phage avec répétitions type CRISPR, c'est le genre de chose que les biologistes fouillent dans les bases de données depuis des années, et un système autonome l'a trouvé. C'est l'IA qui passe de la conversation à la recherche réelle.

Claire Martin: Et l'autre camp tempère : trouver un système dans des données existantes, c'est une découverte de type « fouille », pas une découverte de type « hypothèse originale validée expérimentalement ». La vraie question, c'est ce qui vient après : est-ce que ce système a été validé en laboratoire ? Est-ce qu'il fait ce qu'on pense qu'il fait ? Le texte ne nous le dit pas, donc ça reste ouvert.

Nicolas Moreau: Ce qui est intéressant, c'est la convergence des trois histoires. Vitesse trois fois meilleure, coût cent fois moindre, et une capacité qui touche à la recherche fondamentale. Si tu mets les trois ensemble, tu obtiens des agents moins chers, plus rapides, et capables de produire des résultats qui comptent.

Claire Martin: Et justement, ces agents, ils ne vivent pas dans le vide : ils s'intègrent aux outils du quotidien. Stripe a présenté sa Knowledge AI Platform, des agents destinés au travail non technique, connectés à plus d'un millier d'outils internes.

Nicolas Moreau: Le « non technique » là-dedans, c'est le point qui a fait tiquer du monde. Certains disent que c'est exactement ce qu'il faut : démocratiser l'accès à l'information d'entreprise pour les gens qui ne codent pas. D'autres posent la question de la gouvernance : si un agent non technique a accès à mille outils internes, qui définit ce qu'il peut faire, et comment on audite ça ? Question légitime, réponse pas encore écrite.

Claire Martin: Et dans le même registre de l'IA qui parle, Google a lancé Gemini 3.8 Flash TTS et Flash-Lite TTS : des voix personnalisables par prompts, et de la clonation de voix — avec consentement et watermark.

Nicolas Moreau: Le consentement et le watermark, c'est ce qui a retenu l'attention. Les commentaires étaient plutôt d'accord sur le principe : cloner une voix sans garde-fous, c'est un désastre annoncé. Mais il y a eu des questions en suspens : comment le consentement est-il vérifié dans la pratique ? Et le watermark, est-il robuste face à un usage malveillant qui passerait par un réenregistrement ou un retraitement audio ? Ce sont des questions auxquelles on n'a pas encore de réponse ferme.

Claire Martin: Et pour finir ce tour des capacités, un exemple spectaculaire côté autonomie : DrivingBench. GPT-6 Astra a complété cent pour cent d'un circuit en 5 minutes 22, en conduisant une Toyota réelle. Claude Fable 5.1, lui, n'a atteint que 45 pour cent.

Nicolas Moreau: Cent pour cent du circuit dans une vraie voiture, c'est le genre de résultat qui divise les commentaires. Les uns voient la démonstration d'une autonomie de niveau recherche — conduire un véhicule réel, pas un simulateur, c'est une autre paire de manches. Les autres rappellent que l'écart avec le second, 45 pour cent, est énorme, et que ça suggère que ces benchmarks mesurent encore quelque chose de très fragile : une marge d'erreur météo, un tracé différent, et le classement peut basculer.

Nicolas Moreau: Et il y a une question de fond : qu'est-ce que « complété le circuit » veut dire exactement en termes de sécurité et de supervision humaine ? Ça, le texte ne le précise pas.

Claire Martin: Bon. Passons du côté des développeurs, parce que là aussi, la vitesse était au menu. Cloudflare a ajouté le support de Vary dans les Cache Rules, pour tous les plans.

Nicolas Moreau: Petit rappel pour ceux qui ne vivent pas dans le cache HTTP : Vary, c'est l'en-tête qui dit « la réponse dépend de tel en-tête de la requête ». Et le problème historique, c'est que mal géré, il fait tout planter ou tout bypasser. Cloudflare propose maintenant trois comportements : normaliser la valeur, passer la valeur exacte, ou tout simplement ignorer le cache pour cette ressource.

Claire Martin: Et la discussion des commentateurs était assez unanime sur le fond : le support de Vary correct, c'est un vrai problème d'infrastructure qui traînait, parce que la plupart des CDN historiquement le géraient mal ou pas du tout. Le fait que ce soit disponible sur tous les plans, ça a été salué — pas seulement pour les gros clients.

Nicolas Moreau: Mais il y a eu un débat sur la normalisation. Normaliser, c'est pratique, mais ça peut masquer des différences réelles entre requêtes. Prendre la valeur exacte, c'est sûr, mais ça fragmente le cache et ça réduit le taux de hit. Donc le choix entre les trois modes, c'est un vrai arbitrage, pas une case à cocher. Plusieurs commentateurs ont dit : la bonne réponse dépend de ton application, et c'est bien que Cloudflare laisse le choix plutôt que d'imposer un comportement.

Claire Martin: Autre histoire de vitesse, celle-là côté réseau : Tailscale a amélioré ses performances en utilisant de petits paquets là où ils atterrissent, sans les copier dans des tampons de 64 kilooctets. Résultat : environ 5 pour cent plus rapide sur Linux et Android.

Nicolas Moreau: C'est un détail technique délicieux. Le problème, c'est le buffer bloat classique : tu reçois un petit paquet, mais tu le copies dans un gros tampon de 64 Ko, et tu paies le coût de la copie et de la mémoire pour rien. En traitant le paquet directement là où il arrive, tu économises ces copies.

Claire Martin: Cinq pour cent, ça peut paraître modeste. Mais les commentaires ont bien fait remarquer que sur un chemin réseau critique, 5 pour cent de latence en moins, c'est perceptible, surtout sur les liens déjà lents. Et il y a eu une question en suspens : est-ce que ce gain se retrouve sur d'autres plateformes, ou est-ce que c'est spécifique aux implémentations réseau de Linux et d'Android ? Pas de réponse ferme.

Nicolas Moreau: Et troisième pièce côté développeurs, une prise de position de Fly.io sur le protocole Remote-SSH de VSCode : ce protocole permet à l'hôte distant d'exécuter du code et d'éditer des fichiers sur la machine locale.

Claire Martin: Là, ça a fait réagir. L'argument de Fly.io, c'est de mettre en lumière ce que ça implique : quand tu te connectes en Remote-SSH, tu donnes à la machine distante un pouvoir sur ta machine locale, pas l'inverse seulement. Certains commentateurs ont dit : c'est assumé et logique, c'est le prix du confort du développement distant.

Nicolas Moreau: Et d'autres ont exprimé une vraie inquiétude : ça brouille la frontière de confiance. Ton poste de travail, qu'on suppose être ta zone sûre, devient exécutable par un serveur distant. Si ce serveur est compromis ou si tu te connectes à un environnement que tu ne contrôles pas, la surface d'attaque change de nature. C'est un désaccord entre pragmatiques du confort et prudents du modèle de menace, et il n'a pas été tranché.

Claire Martin: Restons côté développeurs, mais changeons d'angle : parlons de la discipline d'équipe. Premier point, qui a fait de la résistance : le wiki GitHub est qualifié d'anti-pattern. La recommandation : un dossier /docs versionné, revu en revue de code, publié via GitHub Pages.

Nicolas Moreau: Les arguments pour sont solides et souvent revenus dans les discussions : un wiki vit hors du dépôt, donc sans historique de revue, sans rattachement aux pull requests, sans garantie qu'il correspond au code. Un dossier /docs, lui, traverse la revue de code comme n'importe quel changement, il est versionné avec le code, et on peut le publier avec GitHub Pages. La doc évolue donc avec le produit.

Claire Martin: Les contre-arguments existent aussi : certains disent que le wiki a un coût de friction moindre — tu édites en deux clics, pas besoin de faire une branche et une pull request pour corriger une coquille. Et que la doc qui demande trop de cérémonie, c'est la doc qu'on ne met pas à jour. C'est un vrai échange entre rigueur et friction, et honnêtement, la réponse dépend de la taille de l'équipe.

Nicolas Moreau: Et dans le même registre de la discipline, un point sur la culture post-incident, et il est superbe : après un incident, demander « qu'avons-nous changé » plutôt que « pourquoi cela est arrivé ».

Claire Martin: Explique-nous pourquoi cette reformulation a fait mouche.

Nicolas Moreau: Parce que la question « pourquoi ça s'est passé » appelle des explications. Et les explications, même raisonnables, même plausibles, ont un défaut : elles permettent d'éviter les changements réels. Tu peux raconter une belle histoire causale, tout le monde hoche la tête, et rien ne change. Alors que « qu'est-ce qu'on change » force une décision concrète. Soit tu changes quelque chose, soit tu admets explicitement que tu acceptes le risque.

Claire Martin: Et ça, les commentateurs l'ont relié à leur propre expérience : combien de post-mortem se terminent par des leçons générales du genre « mieux communiquer » et aucune modification concrète du système ? La reformulation tue cette échappatoire. Il y a quand même eu une nuance : comprendre la cause, ce n'est pas inutile en soi, c'est juste que comprendre sans changer ne sert à rien. Donc la séquence serait : comprendre vite, changer forcément.

Nicolas Moreau: Petit clin d'œil dans le même thème de l'artisanat et des outils : le Z80 REPL de Kenta Cho, daté de 2018, un assembleur interactif pour Z80 directement dans le navigateur.

Claire Martin: Z80, le processeur des machines des années 80. Un REPL d'assembleur dans le navigateur, c'est le genre d'objet qui rappelle que jouer avec le métal, comprendre instruction par instruction ce qui se passe, ça reste un excellent apprentissage. Et ça rejoint notre discussion sur la doc et la discipline : comprendre son outil jusqu'au bas niveau, c'est une forme de rigueur aussi.

Claire Martin: Mais passons maintenant aux choses moins reluisantes : la sécurité et le comportement des éditeurs. Premier cas, sérieux : une vulnérabilité chez Radicle. Le trafic y circule sans chiffrement ni authentification.

Nicolas Moreau: Radicle, pour situer, c'est un système de collaboration sur le code, une alternative décentralisée à des plateformes centralisées. Et la vulnérabilité, c'est que ce trafic sans chiffrement ni authentification expose ce qui devrait être protégé. La recommandation qui accompagne la divulgation est claire : cesser d'utiliser les dépôts privés jusqu'au patch.

Claire Martin: Les discussions ont souligné l'ironie du truc : un outil pensé pour la résilience décentralisée qui pêche sur les fondamentaux du transport sécurisé. Les commentateurs ont noté que la recommandation, « arrêtez les dépôts privés », est radicale mais honnête — ça veut dire que l'équipe considère l'exposition comme réelle, pas théorique. Et la question ouverte, évidemment : quand arrive le patch, et comment se fait la migration de ceux qui ont exposé des choses entre-temps ?

Claire Martin: On ne le sait pas encore.

Nicolas Moreau: Second cas, et celui-là c'est du comportement d'éditeur, pas de la technique : Grammarly, à la résiliation d'une entreprise, a envoyé des courriels non sollicités et des popups à tous les utilisateurs sous licence, pour peser contre l'annulation.

Claire Martin: Concrètement : une entreprise résilie son contrat, et l'éditeur va directement solliciter les employés, en contournant la décision de l'acheteur. Les réactions ont été très majoritairement négatives : c'est vu comme une fuite de contrôle — l'admin achète, l'éditeur s'adresse aux utilisateurs finaux par-dessus son dos.

Nicolas Moreau: Et il y a eu un contrepoint dans les échanges : certains ont dit que du point de vue marketing, c'est rationnel — les utilisateurs finaux aiment parfois l'outil, et leur voix peut faire revenir l'entreprise sur sa décision. Mais même ceux qui comprenaient la logique commerciale reconnaissaient que le moyen — des popups et des courriels non sollicités à des gens qui n'ont pas choisi de les recevoir — franchit une ligne.

Nicolas Moreau: Ce qu'on attend des commentaires à suivre : est-ce que d'autres éditeurs font ça discrètement, et est-ce que ça va être encadré ?

Claire Martin: Ce qui relie ces deux histoires, Radicle et Grammarly, c'est justement ça : dans les deux cas, le contrôle s'échappe. Techniquement pour l'un, comportementalement pour l'autre. Et cette idée du contrôle qui s'échappe nous mène tout naturellement vers la vie privée et les objets connectés.

Nicolas Moreau: Premier cas, et il est savoureux : Samsung a suspendu une mise à jour de SmartThings en Corée après que des réfrigérateurs intelligents se sont bloqués. Et l'anecdote qui fait mal : l'avarie est survenue pendant des tests, et de la nourriture a été perdue.

Claire Martin: Des frigos qui se bloquent à cause d'une mise à jour, c'est le cauchemar type de l'objet connecté. Les commentaires ont creusé plusieurs angles. D'abord la question de la mise à jour elle-même : pourquoi un firmware de frigo peut-il bricker l'appareil, et pourquoi les tests n'ont-ils pas attrapé le problème avant déploiement ? Ensuite, la responsabilité : qui couvre la nourriture perdue ?

Claire Martin: L'électroménager intelligent transfère le risque logiciel dans la cuisine, et ce risque-là n'était pas dans le contrat mental de l'acheteur.

Nicolas Moreau: Et puis il y a le côté presque comique tragique de l'histoire : des ingénieurs qui testent, et le test lui-même cause l'avarie chez des clients. Plusieurs voix ont noté que ça illustre une tendance de fond : des objets qui étaient des appliances purement mécaniques deviennent des systèmes logiciels, avec tout ce que ça implique — bugs, mises à jour forcées, dépendance au cloud.

Claire Martin: Et le deuxième cas éclaire l'autre versant du problème : Seattle interdit la fixation de prix par surveillance dans la vente de produits alimentaires.

Nicolas Moreau: Là, on parle de ces pratiques où les magasins, équipés de capteurs, de caméras, de téléphones, ajustent les prix en fonction de ce qu'ils savent de toi et de ton comportement. La ville a décidé de l'interdire pour les produits d'épicerie.

Claire Martin: Ce qui a nourri la discussion, c'est la notion même : qu'est-ce qui distingue un prix personnalisé d'une simple promotion ? Les défenseurs de la mesure disent que la ligne est claire : quand le prix dépend de la surveillance individuelle, ce n'est plus de la tarification, c'est de la discrimination. Les sceptiques demandent comment la loi va définir et détecter ces pratiques dans les faits, parce que les systèmes sont opaques. C'est un débat réglementaire qui ne fait que commencer.

Nicolas Moreau: Et remarquez le lien entre les deux histoires : le frigo connecté, c'est l'appareil qui rapporte des données depuis ta cuisine ; la fixation de prix par surveillance, c'est ce qu'on peut faire de ces données. Les objets connectés préparent le terrain — et ils préparent aussi le terrain au matériel de demain.

Claire Martin: Justement, parlons matériel. Qualcomm a annoncé le support Linux pour Snapdragon X2.

Nicolas Moreau: Une annonce qui aurait dû faire l'unanimité, et qui a au contraire déclenché un débat technique pointu. Le critique principal : pourquoi Snapdragon X2 aurait besoin d'un support spécial, alors qu'une plateforme standard UEFI plus ACPI, du type de ce que fait Ampere, suffirait ?

Claire Martin: Il faut décoder pour l'auditeur. UEFI et ACPI, ce sont les standards que les systèmes d'exploitation utilisent pour démarrer et connaître le matériel. Si une plateforme suit ces standards, Linux — et n'importe quel OS — démarre sans travail spécifique. Les critiques disent : au lieu d'un portage ad hoc, faites des machines conformes aux standards, et le support Linux arrive tout seul, comme sur les serveurs Ampere.

Nicolas Moreau: Et les défenseurs de Qualcomm répondent que le monde mobile, dont vient Snapdragon, ne fonctionne pas comme le monde serveur : gestion d'énergie, périphériques, tout est plus personnalisé. C'est un désaccord classique entre « respectez les standards » et « nos contraintes matérielles ne permettent pas un conformisme total ».

Nicolas Moreau: Et la vraie question qui reste ouverte : est-ce que le support annoncé sera mainline, c'est-à-dire intégré au noyau Linux pour tout le monde, ou un support spécifique fragilisé à chaque mise à jour ? Ça, l'annonce ne le dit pas.

Claire Martin: Et sur le créneau du matériel futuriste : les lunettes Meta VR arriveraient au printemps 2027, à 1 299 dollars. 100 grammes, alliage de magnésium.

Nicolas Moreau: Les specs sont intéressantes en soi : 100 grammes, c'est très léger pour du VR, et le magnésium est un alliage à la fois léger et rigide. Mais les commentaires ont surtout posé la question de fond : est-ce que le marché est prêt, et qu'est-ce que ces lunettes font de mieux qu'un casque existant ? Et, dans la continuité de notre discussion Snapdragon : la question de l'ouverture de la plateforme.

Nicolas Moreau: Un matériel fermé à 1 299 dollars, ça lie le client à un écosystème, et c'est là que le débat ouvert-fermé rejoint le débat Qualcomm-Linux.

Claire Martin: On reste dans l'économie, mais on passe du matériel à des choses plus... contraignantes. Le parlement italien a voté le retour à l'énergie nucléaire.

Nicolas Moreau: Un vote symboliquement fort, mais qui a réactivé un vieux débat, et les objections économiques sont revenues immédiatement : le solaire est devenu bon marché. Construire un réacteur, c'est des milliards, des années de chantier et des risques de dépassement ; installer du solaire, c'est des mois. La question que posent les sceptiques : à quoi ressemblera le coût du mégawattheure nucléaire quand les centrales seront construites, face au prix du solaire de 2040 ?

Claire Martin: Et les défenseurs du vote répondent avec les arguments classiques : le nucléaire fournit une production pilotable, jour et nuit, indépendante de la météo, et le solaire seul ne répond pas à cette contrainte sans stockage massif. C'est un désaccord entre coût marginal immédiat et fiabilité de système, et il n'est pas près d'être tranché — d'autant que les détails du programme italien, calendrier, financement, sites, ne sont pas encore définis.

Nicolas Moreau: Et pour finir sur une autre économie sous tension, celle de l'emploi : sur 607 050 offres publiées sur les sites des entreprises elles-mêmes, 28,3 pour cent sont ouvertes depuis plus de 90 jours. Et la médiane de durée, c'est 36 jours.

Claire Martin: Ça mérite qu'on s'arrête. Plus d'un quart des offres d'emploi sur les sites corporatifs restent affichées plus de trois mois. Les interprétations dans les discussions ont divergé. Certains y voient le signe d'offres fantômes : des postes affichés pour faire bonne figure, ou des recrutements qui n'aboutissent pas. D'autres disent que c'est plus mundane : les postes spécialisés prennent du temps, et les sites corporatifs laissent traîner les annonces fermées.

Nicolas Moreau: Et le chiffre médian de 36 jours raconte une autre histoire : la moitié des offres se résolvent en un peu plus d'un mois. Donc on a une distribution à deux queues — une majorité qui se bouge vite, et une longue traîne d'offres qui stagnent. La question non résolue, c'est laquelle des deux queues grandit, et si les offres qui stagnent sont réellement ouvertes. Ça, sans données supplémentaires sur la fermeture effective des postes, on ne peut pas le dire.

Claire Martin: Voilà, c'est le tour complet pour aujourd'hui. De l'IA trois fois plus rapide et cent fois moins chère jusqu'aux offres d'emploi qui traînent, en passant par les frigos qui plantent et les lunettes de 1 299 dollars.

Nicolas Moreau: Merci d'avoir été avec nous, Claire Martin, et au plaisir de vous retrouver demain pour une nouvelle fournée de discussions.

Claire Martin: À très vite !